Charlotte du Payrat, experte en intelligence collective & transformation

Dans un monde où notre temps est de plus en plus compté, nous sommes de plus en plus tentés d’utiliser des formes de « prêt à penser » pour gagner du temps. Or, dans une équipe, lorsque deux personnes sont très différentes, cela peut être sujet à malentendu. En effet, chacun interprète les actions ou les mots de l’autre avec son propre « langage ». L’interprétation peut amener à l’incompréhension et même au conflit en donnant à l’autre des intentions qu’il n’a pas.

Daniel Kahneman a explicité dans son livre, « Système 1, système 2 »[1], les caractéristiques d’une pensée automatique (système 1) et d’une pensée plus lente (système 2).

  • Le « système 1 », est une pensée lié à notre vécu, très rapide et émotionnelle. Il tend à calquer des solutions trouvées par le passé via notre expérience à des problèmes paraissant similaires. Notre expérience se caractérise par le contexte environnemental et culturel dans lequel nous avons été élevés, les automatismes de pensée hérités de notre histoire personnelle. Le « Système 1 » peut donc être source d’erreurs et de malentendus. Il manque de finesse, de souplesse dans la prise en compte de la spécificité du contexte. Cette pensée automatique est cependant indispensable pour agir et décider avec rapidité.
  • A l’inverse, le « Système 2 » est une pensée qui cherche à découvrir, à apprendre, avec lenteur, réflexion, analyse. L’inconvénient est qu’elle demande beaucoup plus de temps. Tout en se souciant d’être efficaces, nous devons adapter notre mode de pensée face à chaque situation afin d’être le plus juste possible.
  • => Comment savoir quand passer d’un système à l’autre ?

La surprise ou la survenue d’un malentendu peuvent être les signes d’une nécessité d’utiliser son « système 2 » pour mieux appréhender la complexité et le « langage » de l’autre ! Si la surprise peut générer la peur, elle peut être aussi une invitation à dépasser sa propre vision du monde et tenter de se rapprocher de celle de l’autre. Il s’agit dans un premier temps de reconnaître le monde de l’autre comme différent puis de vouloir le comprendre. Se laisser surprendre par l’autre permet de mieux s’enrichir de son monde… La différence devient alors une richesse. Pour plus d’intelligence collective chacun est invité à se laisser surprendre, à oser sortir de son cadre habituel de pensée.

L’exemple ci-dessous illustre cette idée. Stéphane a toujours été très investi dans son travail qu’il fait passer avant toutes ses autres activités. Quand un enjeu très important survient, focalisé sur ses résultats, il devient incapable de penser à autre chose. Nathalie, dans son équipe, présente un rapport au travail bien plus détaché même si elle reste consciencieuse et investie. Elle met la barre moins haut, elle accepte plus facilement que tout ne se déroule pas parfaitement. De ce fait, au début, le courant ne passe pas entre eux. Stéphane est énervé par le fait que Nathalie maintienne un rythme de travail homogène sans, comme lui, se surinvestir en cas de « pic ». Il la trouve un peu « paresseuse ». Nathalie, elle, a un vrai besoin de préserver son équilibre professionnel / vie privée pour être efficace. Elle vit les tentatives de Stéphane de lui imposer son rythme comme une pression qui la déstabilise. Elle le trouve incapable de s’arrêter, un peu « fou ».

Avec le temps et un peu d’ouverture, Stéphane se laisse gagner par la sérénité de Nathalie et réalise que son surinvestissement peut aussi être contre-productif. Nathalie de son côté apprend de la manière dont Stéphane sait investir son objectif pour l’atteindre. Dépassant son propre rapport au travail, chacun s’est laissé surprendre par l’autre et a pu apprendre en le regardant d’un œil neuf.

[1] DANIEL KAHNEMAN, Système 1, système 2 Les deux vitesses de la pensée, Flammarion, 2016


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